La Mohawk Warrior Society: Manuel de souveraineté autochtone

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    Louis Karoniaktajeh Hall

    Publisher: Éditions de la rue Dorion

    Year: 2022

    Format: Paperback

    Size: 464 pages

    ISBN: 9782924834312

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Original English edition available here.

Somme exceptionnelle reposant sur un travail de longue haleine, cet ouvrage réunit pour la première fois une riche documentation qui renouvelle notre regard sur la société guerrière kanien’kehá:ka.

Articulé autour de l’oeuvre écrite et picturale de Louis Karoniaktajeh Hall (1918-1993) – militant traditionaliste, artiste visuel et expert de la Grande loi de la paix (Kaianere’kó:wa) –, l’ouvrage présente dans une traduction française inédite une sélection de ses écrits les plus importants et raconte les origines de son célèbre drapeau de l’unité.

Outre des témoignages contribuant à une histoire orale de la Confédération iroquoise, on trouvera réunis dans ce volume une foule de textes fondateurs qui permettent de comprendre cinq siècles de résistance mohawk. L’ensemble est accompagné d’un appareil éditorial substantiel, incluant une chronologie historique, un glossaire de concepts mohawks et une carte des territoires rotinonhsiónni en langue autochtone, fruits de six années de dialogue entre l’équipe éditoriale et des figures fondatrices de la Warrior Society.

« Ces textes sont un appel à la résistance psychologique. Ils ne sont pas seulement là pour être lus : ce sont des manuels faits pour être appliqués, défendus, criés, chantés, à l’instar des peintures et les affiches de Louis Karoniaktajeh Hall – dont les plus emblématiques sont reproduites dans ce volume – conçues pour qu’on les accroche, les placarde et les distribue aux quatre coins de l’Île de la Tortue. »

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Louis Karoniaktajeh Hall (1918–1993) était un écrivain et peintre kanien’kehá:ka. Homme à tout faire, Karoniaktajeh a travaillé comme boucher, charpentier et maçon. Nommé secrétaire du feu du conseil de Ganienkeh, il est devenuun éminent défenseur de la souveraineté autochtone et a contribué à reformer la Rotisken’rhakéhte (Warrior Society). Parmi ses œuvres d’art les plus célèbres, on trouve le drapeau de l’Unité. Il est l’auteur du Manuel du Guerrier (1979) et de Reconstruire la Confédération Iroquoise (1980).

Philippe Blouin écrit, traduit et étudie l’anthropologie politique et la philosophie à Tionitiohtià:kon (Montréal). Sa recherche doctorale actuelle à l’Université McGill vise à comprendre et à partager les enseignements du eiohá:te (wampum à deux rangs) pour construire des alliances décoloniales. Ses travaux ont été publiés dans Liaisons et Stasis. Il a également écrit une postface à Réflexions sur la violence de George Sorel (Entremonde, 2013). Aux Éditions de la rue Dorion, il a fait paraître deux traductions : Capitalisme carcéral (Jackie Wang, 2020) et Radiations et révolution (Sabu Kohso, 2021).

Glossaire et pronunciation des mots en Mohawk

« Dans le respect du collectif Mohawk » – Le Monde (Histoire d'un livre)

Un « Manuel » qui retrace l’histoire de l’activisme de cette nation amérindienne et résulte d’un exemplaire travail de médiation culturelle.

Par Marie-Hélène Fraïssé (collaboratrice du « Monde des livres ») Le 17 mars 2023

Sans l’appui des Mohawk, la plus combative des « six nations iroquoises », les Anglais n’auraient peut-être pas gagné la guerre qui conduisit au traité de Paris (1763), moment-clé dont découle la suprématie anglo-saxonne sur l’Amérique du Nord. Les Mohawk n’en ont pas moins connu, au Canada comme aux Etats-Unis, le même sort que l’ensemble des peuples amérindiens : traités trahis, déplacements forcés, abus de toutes sortes. Leur esprit de résistance a cependant perduré. Leur langue reste pratiquée au quotidien ainsi que dans les instances de la Confédération iroquoise (Rotinonhsion:ni en mohawk). Cette dernière œuvre parallèlement aux « conseils de bande » tribaux imposés par les pouvoirs fédéraux et applique la traditionnelle « Grande Loi qui lie » iroquoise (Kaianere’ko:wa), vieille de quatre siècles, privilégiant le consensus, fût-ce au prix d’interminables palabres. Les femmes, notamment les « Mères de clan », y détiennent un fort pouvoir décisionnaire. A bien des égards, cette loi intertribale reflète la « société contre l’Etat » décrite par Pierre Clastres (1934-1977). Philippe Blouin, jeune anthropologue québécois résidant à Montréal, non loin de la communauté de Kahnawà:ke (qui figure sur la plupart des cartes sous son appellation « coloniale » de Caughnawaga), a lié son existence à celle des Mohawk : « J’étais fasciné de rencontrer à vingt minutes de chez moi des gens qui avaient de telles histoires à raconter », confie-t-il au « Monde des livres ». Il s’est attelé pendant six ans à la coordination de La Mohawk Warrior Society. Manuel pour la souveraineté et la résistance, consacré à cette fraternité informelle apparue au début des années 1970 lors de l’émergence du Red Power et des luttes amérindiennes sur tout le continent. Ce passionnant ouvrage collectif retrace l’histoire de l’activisme mohawk à travers une série d’archives inédites en français et de témoignages de militants de diverses générations, au terme d’un long travail de concertation, selon le protocole iroquois.

Les solidarités intertribales sont toujours vives

Les Mohawk Warriors sont le fer de lance de la tradition mohawk. Ils observent au quotidien l’éthique du « guerrier » (courage, responsabilité, autodiscipline) et ne se manifestent publiquement qu’à l’occasion de certaines crises sociales ou politiques. Récemment, ils ont participé aux luttes menées contre divers projets d’oléoducs et de gazoducs affectant des territoires autochtones, et démontré que les solidarités intertribales sont toujours vives. Tekarontakeh (Paul Delaronde), membre de la Society dès ses débuts, toujours sur la brèche à 83 ans, s’emploie, dans le livre, à éliminer certains clichés appliqués de l’extérieur aux Warriors : « Beaucoup de gens se présentent comme des guerriers aujourd’hui, mais ils ne savent pas ce que ça signifie. (…) Etre un guerrier, c’est assumer la responsabilité de sa famille et de la Terre. Quand les gens disent : “Je suis prêt à mourir !”, ma réaction est de leur répondre que, dans ce cas, nous n’avons pas besoin d’eux… Nous avons besoin de gens qui veulent vivre et sont prêts à assumer leurs responsabilités ! » Kahentinetha Rotiskarewake, directrice du site Mohawk Nation News, elle aussi en première ligne depuis les fameuses luttes des Mohawk (occupation du pont-frontière d’Akwesasne en 1968, crise d’Oka en 1990…), a veillé activement à l’élaboration de l’ouvrage. Jointe, au Québec, par « Le Monde des livres », elle complète le portrait-type, prioritairement pacifique, des Warriors : « Leur nom en mohawk, Rotisken’rakéhte, veut dire “porteur de la Terre”. Ils protègent les femmes et les enfants. Ils entretiennent le feu et doivent trouver le moyen le plus sensé de le faire en s’inspirant de la nature. On les a décrits comme agressifs, brutaux, mais ils ne tuent personne. Ils visent à garder la paix, l’harmonie, l’énergie… »

Le père fondateur des Warriors

Ce n’est qu’en temps de crise qu’ils se manifestent « militairement ». « Parmi les jeunes, poursuit-elle, les Warriors ne sont pas précisément recensés. Ce sont seulement des hommes qui font leur devoir. Ils sont comme le Soleil qui chauffe la Terre. Chaque chose, chaque être compte, nourrit les autres êtres, participe de l’harmonie du vivant. Mais, comme nous sommes désormais en état de survie, il nous faut toutes et tous devenir “warriors” en rassemblant nos forces. » Kahentinetha Rotiskarewake a œuvré avec d’autant plus de cœur au sein de l’équipe éditoriale qu’elle fut une proche de Karoniaktajeh, alias Louis Hall (1918-1993), père fondateur des Warriors, orateur de talent et artiste au graphisme efficace. « Il fait partie de ceux qui nous ont rappelé, à nous, les plus jeunes, qui nous étions, ce qu’était notre vraie histoire, d’une manière qui nous était accessible. En un temps où l’école nous enseignait que les Mohawk étaient vicieux, brutaux, et où, quand nous nous levions pour contester, nous étions punis très durement. » Mener à bien ce Manuel impliquait un respect scrupuleux des consignes du collectif mohawk. Les traductions ont été l’objet de longs débats, la langue mohawk, de tradition orale, exprimant des nuances sémantiques à travers la gestuelle ou la tonalité. Un exemplaire travail de médiation culturelle, qui offre au lecteur, au prix de quelques efforts d’éloignement de ses propres représentations, un vrai voyage intérieur en terre indienne.

Critique : Le manuel de survie d’un peuple

Commentles Mohawk (30 000 personnes environ) ont-ils réussi à conserver leur langue, leurs coutumes, leur fierté, là où tant d’autres nations autochtones ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes ? Centré sur l’histoire de la Mohawk Warrior Society, qui réactive des valeurs ancestrales d’autodéfense, ce recueil de textes est un plaidoyer pour les stratégies de survie collective des Mohawk en tant que peuple souverain. Le cœur du livre est constitué des textes du père fondateur des Warriors, Louis Karoniak-tajeh Hall, qui préconisait moins la violence armée (tout en la reconnaissant incontournable en certaines occasions) qu’une discipline intérieure personnelle, étroitement liée aux traditions mohawk au don de soi, à l’engagement désintéressé au service des siens. Cette anthologie inclut un copieux dossier documentaire où se trouvent notamment une chronologie détaillée des événements, des premiers contacts aux luttes les plus actuelles des Mohawk, ainsi qu’un « glossaire conceptuel » permettant de comprendre comment ils définissent leur éthique de manière singulière et souvent métapho¬rique, en relation avec la nature. Non sans une forme d’humour glacial et déterminé. « Nous ne voulons pas de regrets », disent les Mohawk, imperturbables, face au train d’excuses formulées en haut lieu pour les abus commis à leur encontre. « Regret et repentance sont des mots qui n’existent pas dans notre langue. Chez nous quiconque a commis un acte répréhensible est simplement tenu de le réparer. »

Extrait

« Louis Karonaktajeh Hall : “Une guerre psychologique continuelle est menée contre les Autochtones d’Amérique depuis le début de l’occupation de leurs terres par les Européens, et elle est tout aussi meurtrière que celle des armes. C’est une guerre contre l’esprit du peuple, dont les pertes sont l’alcoolisme, la toxicomanie et le suicide (…). Les Européens ont tout fait pour inculquer un complexe d’infériorité aux Autochtones, détruisant leur personnalité. L’oppression est un acte de guerre contre le peuple. Légaliser l’extinction des Indiens d’Amérique comme peuple distinct par le biais de leur assimilation constitue un acte d’agression. (…) La Warrior Society est entraînée pour faire face à toutes les urgences, que ce soit une invasion ou un simple accouchement.” » – La Mohawk Warrior Society, pages 243-244

Marie-Hélène Fraïssé

« La Mohawk Warrior Society. Manuel pour la souveraineté et la résistance, comprenant des œuvres choisies de Louis Karoniaktajeh Hall » (The Mohawk Warrior Society. A Handbook on Sovereignty and Survival), édité et traduit de l’anglais (Canada) sous la direction de Philippe Blouin, L’Eclat, « Premier secours », 318 p., 29 € / Éditions de la rue Dorion, 464 p. 34,95 $.

Recension par Ismäel Houdassine dans Le Devoir

La Mohawk Warrior Society publie ces jours-ci son manuel de souveraineté autochtone. L’organisation militante controversée, jugée radicale par plusieurs, mais qui se perçoit plutôt comme résistante, et dont les membres sont surnommés les « Warriors », s’est notamment fait connaître au grand jour durant la crise d’Oka, en 1990.

Dès le premier coup d’oeil, le lecteur averti reconnaîtra l’image qui s’étend sur toute la page couverture, le fameux drapeau iroquois, rouge et or avec au milieu le visage d’un Autochtone avec une plume d’aigle plantée sur la tête, brandi plusieurs fois durant le conflit à Kanesatake. Le livre s’articule d’ailleurs autour de Louis Karoniaktajeh Hall (1918-1993), militant traditionaliste, écrivain et artiste, qui a imaginé la bannière en question, surnommée le « drapeau de l’unité », et devenue aujourd’hui un symbole incontournable des combats autochtones en Amérique du Nord.

En plus d’une sélection d’oeuvres d’art signées par Karoniaktajeh Hall, figure complexe et emblématique de la Warrior Society, le livre inclut pour la première fois en français plusieurs de ses écrits jugés fondamentaux par le mouvement, comme Reconstruire la confédération iroquoise (1980) et le Manuel du guerrier (1979). Ce dernier est un captivant pamphlet historique bourré d’enseignements et de réflexions sur la condition de vie des Premiers Peuples au Canada.

Mais loin de la proposition polémiste remuant les douleurs du passé, le recueil — fascinant et fourni en détails — se déploie davantage comme une anthologie ayant pour objectif le partage d’une tradition orale souvent inédite ou rarement mise à la disposition des lecteurs. Par le biais d’une riche documentation, elle raconte ici les origines de la Warrior Society et son influence sur les luttes politiques.

Ainsi, le livre s’ouvre sur les témoignages de quatre de ses membres fondateurs : Tekarontakeh, Kakwirakeron, Kanasaraken et Ateronhiatakon. Ces activistes et gardiens du savoir traditionnel ont été parmi les premiers à véritablement organiser des initiatives médiatisées (rassemblements, blocage des routes et des ponts) afin d’affirmer une autorité autochtone sur les terres traditionnelles de la nation mohawk aussi bien aux États-Unis, dans l’État de New York, qu’au Québec.

Rappelons que le mouvement voit le jour dans les années 1960, époque des « grands réveils citoyens » qui ont vu naître divers groupes d’émancipation sur le continent nord-américain, l’American Indian Movement (AIM) et les Black Panthers en tête.

L’un des grands intérêts de l’ouvrage est qu’il donne la parole à la résistance mohawk sur près de cinq siècles. L’essai est un patchwork de styles et de genres littéraires mêlant entretiens, manifestes, contes, réflexions philosophiques et récits historiques. Une chronologie de l’histoire mohawk, un chapitre sur la toponymie et un glossaire sur divers concepts en langue autochtone complètent le volume.

La Mohawk Warrior Society

★★★

Oeuvres choisies de Louis Karoniaktajeh Hall, Éditions de la rue Dorion, Montréal, 2022, 464 pages. https://www.ledevoir.com/lire/766023/essai-la-mohawk-warrior-society-manuel-de-souverainete-autochtone-resistance-mohawk

Philippe Blouin interrogé pas Melissa Mollen Dupuis à l'émission Kuei! Kwe!

En rattrapage sur le site de Radio-Canada

https://ici.radio-canada.ca/util/postier/suggerer-go.asp?nID=4923468

Derrière le drapeau des Warriors

Accéder à la publication originale sur le site d'Espaces autochtones (Radio-Canada) : https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1909199/mohawk-kahnawake-cache-derriere-drapeau-warriors

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Dans plusieurs rassemblements autochtones est brandi le fameux drapeau de la Mohawk Warrior Society, dont les membres sont appelés « warriors ». C'est un drapeau qui a marqué le Québec, en particulier en 1990 lors de la crise d'Oka. Pour expliquer le sens de ce drapeau, le rôle de la Mohawk Warrior Society et la vision de ses membres, un livre sera disponible à compter du 27 septembre en anglais et en français.

Ils étaient censés être trois lorsqu'Espaces autochtones se sont rendus à Kahnawake pour en parler. Finalement, ils étaient sept membres de la Mohawk Warrior Society, tous réunis autour de deux grandes figures de la résistance mohawk dont les récits figurent dans l'ouvrage : Tekarontakeh et Kahentinetha.

Le premier est un gardien de savoirs ancestraux et la deuxième est une militante de longue date, aujourd’hui responsable du site web Mohawk Nation News.

C’est à eux qu’il faut parler pour comprendre ce que contient La Mohawk Warrior Society. Manuel de souveraineté autochtone, un livre qui sera disponible dans les librairies québécoises le 27 septembre.

Des Mohawks de Kanesatake ont marché à l'été 2015 pour souligner les 25 ans de la crise d'Oka, un épisode qui a marqué les relations entre les Autochtones et les non-Autochtones au Québec et au Canada.PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / RYAN REMIORZ

Ce document réunit une importante documentation sur la société guerrière kanien’kehá:ka, dont tout le monde connaît le drapeau réalisé par Louis Karoniaktajeh Hall, cette œuvre qui représente un Autochtone, englobé par un soleil sur fond rouge, plume d’aigle dressée sur la tête.

Philippe Blouin, anthropologue et coordonnateur du projet, affirme que jusqu’à maintenant, beaucoup de ce qui a été écrit sur la Mohawk Warrior Society est de la propagande, comme quoi tous ses membres sont des terroristes.

Ce symbole du wampum de Hiawatha qui représente la confédération iroquoise agace Tekarontakeh, qui estime que nous sommes tous des êtres humains et que ce genre de regroupement devrait compter touts les humains.PHOTO : RADIO-CANADA / DELPHINE JUNG

Les Mohawks réunis dans une petite maison le long de la route 138 disent plutôt qu'ils sont des porteurs de la Terre.

Concrètement, cela signifie que les hommes, donc les porteurs de la Terre, doivent mettre en œuvre les décisions des femmes pour parvenir à une paix globale.

Cet ouvrage de 400 pages rassemble ainsi des témoignages et des écrits qui racontent l’histoire orale des Mohawks et leur façon de penser le monde. Il permet aussi de comprendre cinq siècles de résistance mohawk. Ce travail de longue haleine a pris environ six ans pour les porteurs du projet.

Une carte de l'île de Montréal avec une toponymie mohawk datant de 1880.PHOTO : VILLE DE MONTRÉAL

Bien plus que des mots

Le premier défi qu'ont dû relever les auteurs a été la traduction d’un récit oral en un texte en français. Dans beaucoup de langues autochtones, un mot correspond souvent à une image, un concept, qu’il est difficile de réduire à un seul mot.

Quand quelqu’un parle, tu vois ce dont il parle, tu ne fais pas que l’entendre. C’est une langue très descriptive dans laquelle il n’y a pas de place pour la mauvaise compréhension. C’est pourquoi c’est si important pour nous de raconter notre histoire, explique Tekarontakeh, bandana bien serré autour de son front.

Tekarontakeh croit que les gens doivent désormais s'intéresser à ce que les Mohawks « ont dans la tête ».PHOTO : RADIO-CANADA / DELPHINE JUNG

La traduction, selon lui, détruit le sens des mots. Conséquence : Les gens interprètent notre histoire et essayent de faire des parallèles entre leur culture [celle des non-Autochtones, NDLR] et la nôtre. Mais notre vision du monde est totalement différente, explique-t-il.

Kahentinetha ajoute qu’il a fallu la collaboration d'un groupe de six à dix personnes pour que les Mohawks se mettent d’accord sur la traduction de tel ou tel mot, ce qui dépendait, selon elle, du ton sur lequel était dit le mot, de la façon dont on le voyait.

Kahentinetha est une aînée qui a participé à de nombreux combats des Mohawks.PHOTO : RADIO-CANADA / DELPHINE JUNG

L’exemple le plus frappant des problèmes que peuvent causer les traductions s’illustre avec un mot : kaianere’kó:wa.

Souvent traduit par ''la grande loi de la paix'', ce mot a été considéré comme la définition d’une constitution dont se seraient dotés les Iroquois, expliquent les deux Mohawks.

Pour Kahentinetha et Tekarontakeh, il s’agit plutôt d’un état d’être, d’une relation avec la nature qui ne peut pas être enfermée dans une quelconque codification juridique.

Il en est de même pour le terme anglais warrior, qui a une connotation bien différente de celle du mot employé en kanien'kéha (langue mohawk), qui est rotisken’rakéhte et qui veut dire porteur de la Terre.

L’idée de ce recueil consiste donc à expliquer aux lecteurs qu’il y a une formule pour retrouver la paix.

Cependant, qu’on ne parle pas de réconciliation aux Mohawks.

Les Mohawks ont souvent soutenu les Autochtones de tout le Canada dans leurs combats.PHOTO : CBC/DAN TAEKEMA

Ce n’est pas nous qui avons demandé une réconciliation, car nous n’avons jamais rien fait de mal. Nous n’avons jamais été les agresseurs, on a toujours partagé, explique Tekarontakeh en précisant que les gens le comprendront en lisant le livre.

Comptent-ils sur les jeunes? Ils vont dans la bonne direction, répondent-ils.

On leur a mis dans la tête que pour revenir à leur culture, ils devaient porter des mocassins et aller vivre sous une tente dans le bois, mais ce n’est pas comme ça que cela devrait se faire. On parle plutôt de développer une économie pour notre communauté qui ne fera pas de mal à l’environnement, par exemple, et je crois que les jeunes trouveront une solution, précise Tekarontakeh.

Les Mohawks veulent avant tout que ce livre permette aux lecteurs de s’ouvrir à une autre manière de voir le monde et, surtout, qu'il leur permette de comprendre que les Mohawks ne détestent pas les gens mais plutôt ce qui a été fait aux Autochtones au cours de quelques centaines d’années.

Belles feuilles publiées par La Revue ouvrage

Lire la publication originale : https://www.revue-ouvrage.org/mohawk-warrior-society/

La Mohawk Warrior Society: Manuel de souveraineté autochtone (extrait) Par TEKARONTAKEH Paul Delaronde Publié le 10 octobre 2022

Ce fragment de l’entretien avec Tekarontakeh Paul Delaronde est tiré du livre La Mohawk Warrior Society. Manuel de souveraineté autochtone. Tekarontakeh est un Kanien’kehá:ka du clan du Loup. Cet érudit et gardien de savoirs ancestraux a joué un rôle de premier plan dans la ranimation du feu des Rotihsken’rakéhte’1 (guerriers mohawks) au début des années 1970. À la demande de la revue Ouvrage, l’équipe éditoriale a choisi cet extrait pour son ton railleur bien représentatif de l’esprit qui anime le livre. Tekarontakeh, en plus de raconter un pan de l’émergence de la société guerrière – l’origine de son écusson – dont la symbolique apparaît extrêmement importante, montre la richesse d’une histoire transmise oralement depuis des siècles chez les Kanien’kehá:ka, une histoire complètement ignorée par la société coloniale.

Faire revivre les Rotihsken’rakéhte’

Dans le passé, si quelqu’un avait besoin de construire une maison, une grange ou n’importe quoi, une troupe de chanteurs annonçait un peu partout qu’on avait besoin d’aide pour construire une ferme, une maison ou pour une corvée de foins. Cette troupe accompagnait le travail avec ses chansons, on s’y rendait pour les écouter. Les gens apportaient du bois, des clous, des outils, des fenêtres et des portes, et aidaient à construire la maison. Ils préparaient ensuite un grand repas, les chants retentissaient et tout le monde dansait et s’amusait. Les troupes de chant étaient bien connues pour ça. Parfois, il y avait différentes troupes dans un même événement. Un groupe apportait ses chansons, un autre apportait les siennes, et ils se les partageaient. Les petits enfants apprenaient les couplets des différentes chansons, et finissaient par créer leur propre troupe. À la fin des années 1960, nous avons formé un groupe de chant avec une poignée d’amis. Et puis nous avons décidé que nous pourrions raviver le feu du conseil des hommes, les Rotihsken’rakéhte’. Nous sommes allés devant le conseil traditionnel de Kahnawà:ke pour leur demander s’ils voulaient bien approuver et sanctionner notre décision de recréer les Rotihsken’rakéhte’. Un roiá:ner nous a répondu : « Non. » Nous lui avons demandé « Pourquoi pas ? » Il a répondu : « Nous n’en avons pas l’autorité. La création vous a déjà donné son approbation. C’est dans la Kaianere’kó:wa. C’est votre responsabilité, c’est votre devoir de le faire. Vous n’avez pas besoin de notre accord. » Alors nous l’avons fait : nous avons ravivé le feu du conseil des hommes. Nous avons commencé à voyager dans les autres communautés pour les encourager à raviver leurs feux locaux et à reconstruire notre peuple. Notre élan prenait sans cesse de l’ampleur. Nous n’étions que sept à l’époque. Nous avons demandé à Karoniaktajeh, Louis Hall, l’artiste qui avait fait un emblème pour notre groupe de chant, de nous dessiner un nouveau symbole pour les Rotihsken’rakéhte’. Ce qu’il a fait était magnifique. C’est l’emblème qui a fini par se retrouver sur le drapeau de l’unité tel qu’on le voit aujourd’hui. Au départ, Louis Hall ne faisait pas partie de la maison longue. Il était initialement un fervent catholique qui se destinait à la prêtrise. Un jour, il est tombé sur des passages de la Bible qui l’ont poussé à remettre en question certaines choses. En poursuivant ses recherches, il a découvert toutes les contradictions dans les enseignements chrétiens. Comme chrétien, il avait l’habitude de se disputer avec les gens de la maison longue, mais il a commencé à s’intéresser de plus en plus à la Kaianere’kó:wa. Louis et les hommes de sa génération, comme Frank Natawe, Roy Montour et Stanley Myiow, étaient très intelligents et instruits. Ils parlaient tous couramment à la fois notre langue et l’anglais, et Frank parlait même français. Ils s’asseyaient autour d’une table et discutaient de la Kaianere’kó:wa en buvant de la bière. Puis ils ont commencé à fréquenter la maison longue. Ils écoutaient, observaient et regardaient, jusqu’à ce que la maison longue finisse par les réintégrer dans la Confédération. Leur arrivée a donné un formidable élan aux gens de la maison longue. Ces hommes savaient écrire, parler, enseigner, et ils apprenaient rapidement. Ils connaissaient l’histoire, et pas seulement la nôtre, mais aussi l’histoire chrétienne et l’histoire mondiale. J’étais assis dans la maison de Louis quand des cardinaux ou évêques venaient de Montréal pour essayer de débattre avec lui. Je l’ai vu débattre avec des presbytériens, des méthodistes, des luthériens. Personne ne pouvait rivaliser avec lui dans un débat, c’était incroyable ! Ils finissaient tous par abandonner avec la queue entre les jambes parce qu’ils n’arrivaient pas à le suivre. Il en savait plus qu’eux sur leur propre religion. En nous remettant notre blason, Karoniaktajeh nous a expliqué ses idées sur la guerre psychologique. Il nous a raconté l’histoire de la bataille des plaines d’Abraham près de la ville de Québec, où les Français ont été vaincus. Ce ne sont pas les Britanniques qui les ont vaincus, mais bien les Iroquois. En réalité, les Français se sont vaincus eux-mêmes. Tous ces jeunes soldats qui avaient grandi en France et à qui on avait toujours dit que les Iroquois étaient des suppôts de Satan et des croque-mitaines, tous ces enfants avaient grandi dans la peur des Iroquois. Et maintenant ils étaient de jeunes soldats envoyés ici, et ils n’avaient jamais vu d’Iroquois, sauf dans leurs pires cauchemars. Au cours de cette bataille, les Français étaient plus nombreux que les Britanniques et ils pouvaient les vaincre. Quand ça a commencé, le général français Montcalm s’est jeté sur le général britannique Wolfe et ses soldats. Il ne savait pas qu’il y avait des centaines de soldats iroquois parmi les Britanniques. Ils se sont avancés en marchant stupidement les uns vers les autres en tirant leur première volée de balles. Lorsque les lignes britanniques se sont ouvertes, des centaines de guerriers iroquois surgirent et se précipitèrent sur les soldats français en poussant des cris de guerre. Les soldats français étaient pétrifiés, ils faisaient dans leur froc et imploraient leur mère. « Maman ! Maman ! 2 » Le diable en personne était à leurs trousses. Ils avaient si peur qu’ils lâchèrent leurs fusils et renoncèrent à la bataille. Nos hommes les ont écrasés. En fait, ce sont les Français qui se sont défaits eux-mêmes en lavant le cerveau de leurs enfants pour qu’ils croient que nos ancêtres étaient d’horribles créatures, des diables. Karoniaktajeh nous racontait ces histoires pour bâtir notre détermination. « Vous vous appelez Rotihsken’rakéhte’, et c’est très bien », qu’il nous disait, « mais il pourrait être intéressant de vous appeler la Warrior Society. Vous savez que les Blancs se sont fourrés dans la cervelle que tous les Autochtones sont des machines à tuer. Utilisez les armes que vous avez dans votre arsenal, vos armes psychologiques. » Nous n’avions rien à redire, et nous avons écrit Rotihsken’rakéhte’ au-dessus de l’écusson et Warrior Society en dessous. Quand nous l’avons apporté chez l’imprimeur, il nous a dit : « Si je vous en imprime sept, ça vous coûtera à peu près aussi cher que pour en faire 250. Pour un petit extra, vous pourriez en obtenir 250. » Nous nous sommes dit : « Eh bien prenons l’extra alors, au cas où d’autres voudraient nous rejoindre ! » Nous en avons donc pris 250. Quand nous sommes rentrés à la maison cette nuit-là, nos mères les ont cousus sur nos vestes. Très vite, on se promenait avec nos emblèmes, et tous les jeunes au village les aimaient. « Je peux en avoir un ? » Alors on a distribué nos 250 écussons à tout le monde. Et tous ces jeunes gens se sont mis à se promener avec cet emblème « Rotihsken’rakéhte’ Warrior Society » sur leur veste. Du jour au lendemain, la police voyait des centaines d’Autochtones qui déclaraient haut et fort qu’ils appartenaient à une société des guerriers ! Psychologiquement, ça leur a foutu une belle trouille. Quand on allait dans d’autres territoires, on affichait toujours nos emblèmes sur nos vestes. On les mettait sur des vestes en jeans, des manteaux de cuir, certains avaient des vestes en cuir marron avec des franges, ils les cousaient sur leur veste de tous les jours. Nous avons commencé à porter cet emblème à la fin des années 1960, juste après le blocage du pont international d’Akwesasne en 1968. À cette époque, nous discutions déjà des actions à entreprendre, mais nous n’avions pas encore constitué notre conseil. Lorsque nous avons appris ce qui allait se passer à Akwesasne, nous n’avions pas de voiture, alors nous avons marché une centaine de kilomètres jusqu’à Akwesasne pour participer au blocage et défendre nos droits. C’était la période la plus froide de l’année, et il nous a fallu seize heures et demie au pas de course pour arriver à Akwesasne. C’est dire à quel point nous étions déterminés ! À Akwesasne le barrage était déjà en place. Nous sommes arrivés là-bas et Kahentinetha est arrivée avec son frère Frank. J’avais quinze ans. Si vous m’aviez vu à l’époque, je mesurais cinq pieds, et je devais peser moins de cent livres, mais la police m’a tout de même accusé de l’avoir attaquée ! Toutes les accusations contre moi ont finalement été abandonnées. Si vous regardez le documentaire You Are On Indian Land 3, vous allez voir un jeune qui pousse une voiture pour bloquer le pont ; c’était moi. Il y en avait de la résistance ! À la fin des années 1960, le mouvement hippie attirait l’attention du monde entier. Aux États-Unis, les jeunes de la classe moyenne voulaient vivre différemment. C’est ce qu’on voyait à Woodstock, San Francisco, tout ça. Les gens qui rentraient du Vietnam n’aimaient pas ce qui se passait là-bas. Au début, nous n’avions pas vraiment l’impression de faire partie de ce mouvement, mais avec l’arrivée du mouvement des droits civiques et lorsque les Noirs se sont mis de la partie, le train de la contre-culture est passé à toute vitesse dans les communautés autochtones. Alors nous avons sauté

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